dimanche 23 novembre 2008

La réforme du lycée est-elle vraiment une réforme?


Depuis que je m'intéresse à la politique, au monde en général, c'est-à-dire depuis mon entrée au lycée à peu près. Les manifs' c'est depuis 2005 avec le projet Fillon d'instaurer la notion de contrôle continu pour le bac. J'étais encore au collège. Mon arrivée au lycée se fit pendant l'année du CPE. Cette lutte m'a permis de découvrir une foule incroyable de choses et c'est là que commença véritablement mon expérience de militant.

Pour reprendre sur le sujet, je remarque que cela fait très longtemps que les différents gouvernements de gauche ou de droite essayent de s'attaquer au "mammouth" de l'Education Nationale, sans trop de succès jusque-là. Des essais de réforme pour le lycée, il y en a eu de nombreux mais à chaque fois l'opposition les faisait reculer!

Alors oui, nous balançons toujours les mêmes slogans depuis des années, nous nous battons toujours sur les mêmes sujets aussi mais ce n'est pas sans raison. Je déteste tous ces gens qui considère que nous sommes des faineants parce qu'on a l'audace d'exprimer nos opinions dans la rue. Nous considérons effectivement que l'Education doit être une priorité de l'Etat car c'est elle qui forme les citoyens de demain. Et non, nos profs ne sont pas des gauchistes sans cervelles qui sont tout le temps en vacances. Et surtout, ces profs nous donnent tout le temps les opinions de tous les partis pour nous laisser faire nos choix selon nos valeurs, jamais ils nous dictent notre opinion et c'est justement là le but de l'école: nous former à une diversité d'opinions, pour laisser place à un peu de tolérance dans ce monde!

Trêve sur les opinions préconçues de beaucoup, parlons réforme du lycée qui doit être finalisée début décembre pour son passage à l'assemblée pour une application à la rentrée 2009 en classe de seconde.

"La plupart des mesures que je prends servent surtout d'habillage aux suppressions de postes" Xavier Darcos.

Je crois que cette phrase nous suffit pour conclure sur l'objectif réel de la réforme, mais analysons-la quand même.

La prochaine classe de seconde aura un socle commun de connaissance de 21 heures par semaine. Ce socle sera constitué de français, de maths, d'histoire-géo, de sport, de sciences expérimentales sans oublier les langues vivantes. Après le petit lycéen de 15-16 ans devra choisir entre 2 modules parmi 4 disponibles. Chaque module dure 3 heures; 27 heures de cours minimum pour le lycéen. Les 4 modules ressembleront fortement aux filières actuelles du lycée à partir de la première, à la différence près qu'on pourra changer "sans problème" de modules tous les six mois.

Regardons de plus près ces modules. Premièrement, ces modules sont un peu "tout compris".
Je m'explique, actuellement quand on est en S ou ES, n'importe quel lycéen peut prendre une option artistique par exemple cinéma-audiovisuel. Avec cette réforme, le lycéen sera obligé s'il veut faire cette option de prendre le module Arts et Humanité qui comprend un tas d'autres matières que le scientifique ne voudra pas forcément prendre. Tout ça laisse à penser que ça découragera la lycéen de prendre le module, ce qui permettra une disparition des options à long terme, bien qu'elle ait déjà commencée!
Une autre facade de ces modules qui me parait fort déplaisante est celle de la disparition de la notion de classe. En effet, si un élève de terminale prend un nouveau module car il s'est rendu compte qu'il lui correspondait mieux, il le commencera au niveau 0, ce qui paraît logique jusque-là! Mais, le lycéen de seconde qui arrivera au lycée et qui prendra ce module commencera lui aussi au niveau 0 et les deux lycéens, celui de terminale et celui de seconde se retrouveront ensemble. Personnellement et pour beaucoup de lycéens, se retrouver avec des gens de plus de 2 ans de moins que soi est fort problématique car c'est une période de notre vie où nous évoluons énormement.
Enfin, on peut craindre, au vue de la baisse drastique des moyens, la non-possibilité de changer de module car il n'y aura plus de places et la priorité sera forcément laissée aux secondes! Le ministère dit le contraire mais il ment malheureusement beaucoup trop souvent.

Un autre aspect de la réforme consiste à la semestrialisation de l'année scolaire. L'année ne sera plus organisée en trimestre comme maintenant mais en deux grandes périodes. On peut y voir là la volonté de nous habituer au rythme universitaire. Jusque là, rien à y redire.
Cependant, cela signifie qu'il n'y aura plus 3 conseils de classe mais deux. En l'occurence le ministre a trouvé la parade en instaurant des conseils au milieu du semestre pour faire un point sur l'élève. On peut quand même se demander si les conseils d'orientation seront bien assurés. Pour cela, la réforme prévoit une semaine banalisée entre les deux semestres pour permettre aux élèves de se consacrer uniquement à leur orientation. Très bien à condition que ce ne soit pas un simple rendez-vous avec un COPSY et qu'on ait des outils fiables pour s'orienter.

Passons au fond de la réforme. Rien n'est véritablement fixé pour la première et la terminale. Mais nous avons quelques pistes de réflexion qui nous paraissent déjà dangereuse.
Le ministre avait évoqué la suppression de l'histoire-géo du socle commun dès la première. Et là, je me suis dit: "mais qu'est ce qu'a Darcos dans la tête?". Finalement, sous le pressing des profs d'histoire, Darcos a démenti. Cela montre quand même une volonté de ne plus nous donner un savoir historique, qui nous permet de nousrendre compte des erreurs du passé. Peut-être histoire de nous les faire oublier pour les recommencer?!
En tout cas, l'aspect critique que nous donne la SES dans la filière ES est amené à disparaître puisque la SES telle qu'on la connaît serait remplacé par de l'éco-gestion, c'est-à-dire une formation pour les entreprises!
Et c'est là le véritable problème de cette réforme: uniformisation de la pensée, préparation de main d'oeuvre pour les entreprises et plus aucun esprit critique de notre part. Normal, on est dans le courant du travailler plus, pour gagner plus mais pour penser moins!

Enfin le dernier aspect que je vais traiter concerne le bac. Je me pose cette interrogation: comment faire une réforme du lycée sans réformer le bac?
Darcos a dit qu'il ne "démonterait pas la tour-eiffel". Jolie métaphore pour se décharger de toute responsabilitée vis-à-vis de celui-ci. Or, comment passerle même bac en ayant moins de savoir ou du moins des savoirs différents?
Le mystère reste donc entier.

Parlons donc de la forme de la mise en place de cette réforme. La précipitation est de mise déjà puisque le ministre a donné un ultimatum de 3 semaines le jour de la "consultation" avec les lycéens.
D'ailleurs parlons de cette consultation qui n'en fut pas une. Le débat y était interdit entre lycéens. Chacun devait formuler ses propositions sur un bout de papier en 5 minutes sur chaque grand point de la réforme. En clair, la réforme est déjà actée!
Dans l'après-midi, Darcos s'est fait hué à plusieurs reprises par les lycéens car nous ne sommes pas dupes.

Pour finir cet article, je vais mettre fin à quelques idées typiquement darkoziennes. Les politiques de l'UMP aiment bien prendre l'exemple du modèle finlandais, modèle de perfection à les écouter. Il faut savoir que la Finlande met 6% de son PIB dans l'éducation tandis que nous en mettons à peine 2%. Juste une question de choix politiques. C'est sûr qu'en supprimant des profs et en baissant le budget, on va jamais y arriver au modèle finlandais!
A écouter Darcos, nous sommes les élèves qui coûtons le plus cher de tout l'OCDE. Or, c'est rigoureusement faux puisque même les Etats-Unis mettent plus que nous!

Tout ça pour dire que Darcos s'attend à de la contestation et il va en avoir, c'est sûr. Nous voulons changer le lycée mais pas à sa manière!

En réaction à...


Ce blog est en quelque sorte une réaction à toute la surveillance opérée par le gouvernement en ce moment. Dernier fichage en date: la surveillance des leader d'opinions et des lanceurs d'alertes dans l'Education Nationale.

Je m'explique. Un appel d'offres a été lancé par le ministère de l'Education et celui de la Recherche pour qu'un organisme privé surveille les personnes qui lancent les alertes et évidemment analyser ce qui pourrait devenir une crise et provoquer une contestation. Ni plus ni moins qu'un fichage en règle des personnes déviant de leur pensée. Budget alloué pour ce petit bijou: 220 000 euros! Rien que ça, alors que nous sommes en pleine crise, et que soi-disant l'Etat n'a plus d'argent. Etant donné le contexte actuel dans la fonction publique, ces appels d'offres tombent bien mal et nous restent en travers de la gorge. Evidemment, en parallèle, il n'y a plus d'argent pour payer des profs, or la non-suppression de ces postes suffiraient déjà à faire taire quelques contestations. Mais, c'est juste une question de choix politiques.

Ce blog sera mon outil militant pour m'exprimer, en me cachant sous un pseudonyme pour avoir toute la latitude critique dans mes propos. Biensûr, il me servira à dénoncer les projets gouvernementaux, mais aussi à mettre des réflexions personnelles. Les sujets les plus souvent évoqués concerneront l'Education car, étant lycéen, j'estime que parler des sujets que l'on connaît est la meilleure solution pour convaincre!